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Le trou du Brexit dans le budget de l'UE

9 janvier 2018

Les longues négociations en vue du prochain budget communautaire 2021-2027 ont débuté hier. En raison également de la sortie du Royaume-Uni de l'Union, la situation reste délicate. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a profité d'une conférence ici à Bruxelles pour esquisser les principes de la prochaine proposition communautaire : entre autres, a-t-il dit, les politiques en faveur de la cohésion et de l'agriculture seront modernisées, mais pas réduites "au-delà de toute mesure".

Les Vingt-Sept seront appelés à résoudre la quadrature du cercle dans les mois à venir. D'une part, ils devront faire face à la sortie de la Grande-Bretagne, prévue en mars 2019 (une perte de contributions de 12 à 13 milliards d'euros) ; d'autre part, ils voudront revoir les priorités financières de l'Union, comme l'a expliqué M. Juncker lui-même. Les enjeux sont nombreux, car la négociation révèlera les différentes positions nationales sur l'avenir de la construction européenne.

"Le budget n'est pas un exercice comptable. Contrairement au passé, notre tâche doit être de décider d'abord de nos objectifs et ensuite du montant des postes budgétaires - a déclaré le président de la Commission -. La mondialisation nous oblige à faire face à de nouveaux défis, différents de ceux qui dominaient en 2014″, lorsque le budget actuel est entré en vigueur. L'ancien premier ministre luxembourgeois a ensuite évoqué la sécurité, la défense, l'immigration, le changement climatique et l'emploi.

Le budget actuel a une valeur d'environ 1000 milliards d'euros. Evoquant les deux postes les plus coûteux, l'agriculture et la cohésion, le président Juncker a précisé qu'il est urgent de "simplifier, moderniser, flexibiliser les dépenses", mais "les réduire excessivement n'est pas un choix que je ferais moi-même". Il a souligné la nécessité de "continuer à réduire les disparités entre les régions européennes" et d'assurer "l'autarcie alimentaire" de l'Union, même dans un avenir marqué par le changement climatique.

L'objectif est de trouver un accord (à l'unanimité) au Conseil européen d'ici mai-juin 2019, juste après le Brexit, prévu en mars. "Nous avons déjà accumulé beaucoup de retard", a prévenu le président de l'exécutif européen, notant que la prochaine négociation doit permettre à l'Europe "de montrer aux Asiatiques et aux Américains que l'Union est capable de répondre aux défis du futur", en augmentant peut-être aussi légèrement la taille du budget (aujourd'hui égal à environ 1% du PIB européen).

En ce sens, le commissaire au budget, Günther Oettinger, a confirmé que Bruxelles proposera de compenser l'absence de contribution britannique pour moitié par des réductions de dépenses et pour moitié par une augmentation des ressources propres (TVA et droits de douane). Un groupe de travail dirigé par l'ancien Premier ministre italien Mario Monti a proposé de nouvelles sources de revenus. Contrairement à son président, M. Oettinger a parlé explicitement de "coupes impressionnantes" dans certains programmes.

Présent également à la conférence d'hier à laquelle ont participé des représentants de 33 pays, vu l'intérêt porté au futur budget communautaire, le ministre de l'économie Pier Carlo Padoan a expliqué que l'objectif de l'Italie est de préserver les postes dédiés à la cohésion et à l'agriculture, tout en finançant les biens publics européens : "Le fait que l'Italie paie l'immigration pour tous, non seulement en termes financiers mais aussi en termes d'effort politique, ne peut pas continuer ainsi".

La sortie du président Juncker concernant les dépenses agricoles rassurera la France, grand bénéficiaire. Moins l'Allemagne. Lors de la même conférence, le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel a souligné que les dépenses pour l'agriculture et la cohésion étaient "élevées" (73% du budget 2014-2020). Dans le même temps, l'homme politique a admis que Berlin n'est pas tant un payeur net, le Zahlmeister de l'Union comme les Allemands aiment à décrire l'Allemagne, qu'un "bénéficiaire net du budget européen".

Article de "Il Sole 24 ore" (en anglais)

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